L’APD dans l’Afrique Subsaharienne

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afrique

COOPÉRATION POUR LE DÉVELOPPEMENT – RAPPORT 2006 – VOLUME 8, no 1 – ISBN 978-92-64-03107-4 – © OCDE 2007

L’ai de publi que audévelo ppeme nt en Afri queSubsa harie nnede 1970 à 2000
Quelques semaines avant la parution de laTribu, l’OCDE a publié un rapport dressantainsi le bilan de l’Aide Publique au Développement
(APD) versée en 2006 par les paysmembres de son Comité d’Aide au Développement.La communication s’est concentréesur le recul de 5,1% de l’APD totale en 2006,
qui atteint 103,9 milliards de dollars. Il est important de s’interroger sur cette aide.Se focaliser sur l’enveloppe globale verséen’est-ce pas réducteur? Ne faut-il pas plutôt
s’interroger sur les formes que revêt l’aide,sur sa pertinence et sur son efficacité?Le problème de l’efficacité de l’aide sepose. Pourtant il s’agit là d’un sujet épineux.Pendant longtemps et encore aujourd’huil’obligation de moyens domine l’obligationde résultats. En caricaturant, il s’agissait
de consacrer un certain montant de ses richesses au développement des pays du Sud tout en fermant les yeux sur l’état démocratique du pays bénéficiaire et sur l’usage des
fonds ainsi débloqués. Pourtant constater les retombées de l’aide est indispensable. Nous proposons, pour notre part, d’adopter un point de vue global et globalisant. Il ne s’agit
pas de nous attarder sur chaque projet mis en place et financé dans le cadre de l’APD et de constater les retombées qu’il a eues sur l’accès à l’eau, à l’éducation, aux services de
santé, sur l’amélioration du niveau de vie des populations etc… mais de nous interroger sur l’efficacité globale des sommes versées aux pays d’Afrique Subsaharienne.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, quelques rappels sur l’Aide Publique au Développement L’aide publique au développement se définit
comme l’ensemble des dons ou des prêts qui répondent aux critères suivants :
– être accordés par le secteur public,
– être accordés dans le but d’améliorer
le développement économique et le
niveau de vie,
– être assortis de conditions financières
libérales.
L’aide publique au développement peut revêtir
plusieurs formes :
– Dons bilatéraux et contributions
assimilables à des dons (coopération technique,
dépenses administratives,…);
– Prêts bilatéraux;
– Contributions aux organismes
multilatéraux (Nations Unies, Union Euro-régionales
de développement…) sous forme de dons,
de souscriptions versées au capital ou de
prêts concessionnels.
Les pays sont libres de verser le montant de l’APD qu’ils souhaitent même si l’objectif fixé par l’ONU est d’y consacrer 0,7% du Revenu
National Brut. Peu de pays de l’OCDE atteignent cet objectif; cependant notons que les pays scandinaves sont ceux qui respectent le
mieux cette obligation. Aujourd’hui l’Union Européenne revoit ce pourcentage à la baisse et appelle ces Etats membres à verser au
moins 0,39% de leur PNB au titre de l’APD. Le tableau ci-contre reporte le montant cumulé versé de 1970 à 2000 par chaque pays
donateur en millions de dollars US. Il existe des disparités dans le montant de l’APD accordée par les pays donateurs mais également dans le montant reçu par les
régions ou pays bénéficiaires. Le graphique ci-dessous donne une idée de l’évolution de l’APD. L’aide a suivi une tendance à la hausse jusqu’au milieu des années 1990 avant de diminuer
drastiquement. L’Afrique de l’Est est la région d’Afrique Subsaharienne qui a reçu le plus d’aide cumulée au cours de ces trois décennies. Par ailleurs, l’Afrique de l’Est a été
pendant longtemps la première région bénébénéficiaire avant de céder la place à l’Afrique de l’Ouest en 1993 et ce, jusqu’en 2000.
L’APD a-t-elle été effi cace au cours des deux der nières décennies ? L’efficacité de l’aide est en perpétuelle discussion.
De façon très pratique, il faut avouer que l’aide au développement contribue à l’emploi de nombreuses personnes qualifiées dans les pays d’Afrique Subsaharienne.
Prenons un pays comme le Burkina Faso où l’agriculture et de l’élevage employent les 3/4 de la population active et contribuent à 37,2% du PIB en 1998 et où peu d’entreprises
contribuent au dynamisme économique du pays et à l’emploi des jeunes diplomés, les projets financés par les agences de développement des pays du Nord employent
beaucoup de comptables locaux par exemple et font vivre des familles entières. Tout le problème réside dans l’essence même de cette aide parce qu’il s’agit bien souvent de
projets de court ou moyen terme. Alors qui embauchera ces personnes qualifiées une fois le projet arrivé à son terme? Nombreux chercheurs s’interrogent sur
l’efficacité de l’aide publique au développement. Effectivement, à comparer la situation actuelle d’un bon nombre de pays Africains à leur situation au « soleil des
indépendances » pour reprendre l’expression d’Amadou Kourouma, on se demande facilement si toutes ces sommes injectées au titre de l’APD ont été utiles et
efficacement employées. L’objectif de cet article est de faire le lien entre les grandes mesures de l’état de développement d’un pays et la somme
d’APD reçue. Nous avons choisi de nous intéresser au taux d’al-phabétisation, au taux de mortalité générale et infantile ainsi qu’aux questions de genre
et de démocratie. Pour ce faire, nous avons collecté les données annuelles de 43 pays d’Afrique Subsaharienne de 1980 à 2001.
De manière globale, en Afrique Subsaharienne,l’aide publique au développement a euun impact positif sur le taux d’alphabétisation.
Cela signifie que augmenter le montant d’APD versée entraîne une amélioration de l’alphabétisation. Cet effet n’a pas été significatif
en Afrique de l’Est en particulier, mais il l’a été pour l’Afrique Australe, l’AfriqueCentrale et l’Afrique de l’Ouest. L’impact de
l’APD est même plus grand l’année qui suit son versement que l’année même. De plus, une augmentation de l’APD a une influence
plus grande sur le taux d’alphabétisation qu’un accroissement du niveau de vie matérialisé par le PNB par habitant. Un autre élément à retenir est que non
seulement l’APD a permis de rendre la scolarisation accessible à un plus grand nombre, mais a aussi contribué à réduire le fossé qu’il existait entre l’alphabétisation
des femmes et celle des hommes. Autrement dit, l’écart entre les sexes s’est réduit avec l’aide. L’influence de l’aide sur la santé est plus
mitigée. L’APD n’a pas d’effet sur le taux de mortalité générale alors que résultats empiriques montrent qu’elle a un impact significatif
sur le taux de mortalité infantile en Afrique Subsaharienne dans son ensemble. L’APD aura permis de réduire le taux de mortalité chez les enfants essentiellement
en Afrique Australe et de l’Ouest, et l’impact est encore plus notable deux ans après son versement. Nous notons pour finir que l’aide a un
effet significatif sur le niveau de respect des droits politiques et des libertés civilCet article n’a pas la prétention d’apporter
une réponse ferme et définitive sur l’efficacité de l’aide au développement en Afrique mais d’apporter quelques éléments de réponse et de réflexion. L’analyse empirique
montre que l’aide publique au développement a une influence sur le recul de la mortalité, sur l’alphabétisation, sur l’essor des libertés individuelles. Maintenant il faut
aussi réaliser que nombreux problèmes survenus en Afrique durant ces trois décennies ont contribué à annuler les répercussions positives et ainsi l’efficacité de l’aide publique
au développement ou de toute autre forme d’engagements politiques. L’argent injecté dans un projet de développement n’a souvent pas par essence de retombées
immédiates. Alors il suffit d’un choc pour briser toute la dynamique. En Ethiopie, par exemple, l’arrivée au pouvoir de régimes opprimant toute personne éduquée ou
intellectuelle a contribué à rendre stériles tous les efforts antérieurs et a créé de réels traumatismes en matière d’accès à l’éducation pour tous. L’actuel conflit ivoirien et la
destruction des routes suite aux bombardements au Nord du pays annihilent tous les efforts réalisés dans le passé notamment au temps d’Houphouët Boigny pour désenclaver
les régions et apporter à chacune le plus d’infrastructures possibles. Nous pourrions énumérer de nombreux exemples comme ceux-là.
Que ce choc soit un conflit civil, un coup d’Etat ou encore une épidémie comme l’épidémie du sida, il destructure toute la société et toute l’économie; et cela peut aider à
expliquer que les retombées de l’APD ne soient pas criardes même si elles existent.
Elodie DJEMAI

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